L' inquiétante hégémonie des géants

Publié le par Patrice

Ou le combat entre David contre quelques Goliath…

Il fut un temps, il était seul, dominant une grosse partie de l’économie. Il était seul à engendrer des profits monstrueux et il faisait peur.
Alors pour le faire chanceler, on lui faisait des procès parfois légitimes, parfois plus obscurs.
Mais sa puissance était telle que cela ne changeait pas grand chose.

Désormais ils sont trois, tous aussi puissants et doués.

Certes leurs techniques de développement sont un peu différentes :
- L’un achète très cher tout concept innovant qui l’intéresse. Téléphonie internet, petites annonces locales, sites communautaires etc. Il est l’un des pionniers de l’ère internet avec son système d’enchères reconnu par tous.
- L’autre écoute attentivement et réalise avec un impertinent succès tout ce qui semble prometteur. Il se lance dans l’accès internet, la cartographie, les réseaux de relation, l’indexation numérique de bibliothèques etc. mais vous le connaissez surtout pour être le seul outil que vous utilisez pour surfer (où disons à 85%).
- Le troisième, leader lui aussi dans son domaine, a compris le premier l’avenir de la micro informatique. Il aime bien acheter ce qui lui semble prometteur mais non sans refaire en profondeur le projet initial. Il en découle donc sa légendaire instabilité ( :-) ). Vous l’aurez sans doutes reconnu, il est dans tous ordinateurs modernes ou moins modernes.

Accès à l’information, contrôle sans cesse croissant des médias publicitaires, incursion dans la vie privée, associations, dons et donc marketing bien rodé…
Leurs finalités sont pourtant analogues.
Aussitôt qu’il s’intéressent à un créneau porteur ou en développement, c’est la mort assurée du concepteur (au mieux par le rachat de son projet).
Après tout, lorsque l’on contrôle l’ordinateur, internet, l’histoire de l’internet ou le positionnement publicitaire de masse, il est beaucoup plus facile de s’imposer et de masquer le reste de la concurrence.


Cet avis concerne bien sûr en grande partie l’économie numérique mais elle peut s’adapter à beaucoup d’autres situations…

Prenons un exemple tout récent en France :
Celui des services à la personne qui est justement le sujet de prédilection de ce blog :

Des structures plus ou moins rodées existent déjà pour donner accès au plus grand nombre à ces services.
Osapi bien sûr, qui a été créé il y a plus d’un an (et croyez moi, cela est déjà énorme pour une société innovante) .
Mais aussi d'autres structures d’information ou de contenu qui s’investissent depuis 3-4 ans corps et âmes dans cette vision des services à la personne.

Et voilà que depuis 1 an les choses bougent…
On prédit des évolutions extraordinairement importantes, la classe politique semble s’intéresser au mouvement (future campagne électorales et promesses de baisse du taux de chomage en vue), des aides financières et marketing sont promises. Nous, jeunes entrepreneurs, nous pensons que notre "heure de gloire" va enfin peut être sonner.
Le gouvernement nous promet l’accompagnement à la création d’entreprise, une aide à tout projet porteur du développement des services à la personne.
Mais regardons en détail la liste des heureux futurs élus aux enseignes "nationales".

France Domicile
Partenaires :
UNA, Mutualité française, Union Nationale des Centres Communaux d’Action Sociale.

Domi+
Partenaires :
ADMR, Crédit Mutuel, AG2R.

Fourmi Verte
Partenaires :
Familles Rurales, Groupama, Mutualité Sociale Agricole.

SERENA
Partenaires :
Groupe Caisse d’Epargne, MAIF, MACIF en association avec la MGEN.

La maison du particulier employeur et des emplois de la famille
Partenaires :
FEPEM, IRCEM, Institut FEPEM de la Formation, Groupe La Poste.

DOMISERVE
Partenaires :
AXA Assistance, DEXIA Crédit Local.

ACCOR Services
Partenaires :
ACCOR Services, Europ Assistance

La Poste - CNP

Les services à la personne

Sodexho

Crédit Agricole-LCL

MAAF, MMA et Azur GMF


Cela rassemble-il à ceux qui se battent depuis le début sur ce terrain ?
Est-ce des société innovantes qui ont besoin d’un petit coup de pouce médiatique de la part de l’état pour concrétiser leurs nombreux rêves ?
Aucun jeune société innovante n’est concrètement intégré…

Au menu donc, des banques, des mutuelles, des assurances… (les sociétés de crédit ne vont probablement pas tarder à investir la place encore chaude)


Je côtoie régulièrement de jeunes créateurs, nos attentes et nos besoins sont pourtant simples.
L’accès à ces pseudo concours (les délits d’initiés ont encore la vie dure de nos jours) ne répondent là encore qu’à des contraintes marketing pures.

Non le besoin principal pour tout jeune créateur, c’est de se faire connaître le plus rapidement possible.
Pour rappel le taux de survie d’une entreprise sur 3 ans est de 58,8%.

Nous avons tous ce besoin de nous faire connaître (réponse encore plus évidente pour les sociétés innovantes) et une jeune société n’a paradoxalement pas les moyens de débloquer les fonds publicitaires nécessaires à son développement sur les médias actuels (TV, presse écrite, radio).
Pour informations les nouveaux médias publicitaires qui sont en pleines croissances vont être bientôt hors de portée également (hausse des investissements publicitaires en ligne de 97% aux Etats unis)
Les taux au clic sur certains domaines tels que les crédits ou assurance grimpent jusqu’à 6 € du clic, en France, contre 80$ pour certains domaines aux Etats Unis.
Faîtes un bref calcul pour un société voulant tabler sur 1000 clics par jours (chiffre ridiculement bas pour espérer un jour un ciblage national).

En conclusion :
De la même manière que l’état mets en avant l’ANPE quotidiennement, est-il si difficile, pour une chaîne publique, de réserver 4mn quotidienne de sa marge publicitaire pour mettre en avant tous les nouveaux talents de notre pays ?
Une idée, et donc une entreprise innovante, si elle est réellement intéressante, aurait-elle à s’inquiéter de son avenir si elle était plébiscité par 1 ou 2 millions de personnes grâce à un petit créneau publicitaire ?

Le plus drôle, si je puis dire, c’est que l’on favorise peut être des grosses structure pour éviter une prise de marché des autres grosses sociétés étrangères.
On constate en effet l’inquiétude de plus en plus grandissante de l’Europe face à l’écrasante domination des Etats Unis dans le nouveau traitement de l’information (cf le très prochain projet européen Quaero).

Mais en favorisant à 100% des structures qui ont déjà montré leurs limites dans leurs capacités d’adaptation, comment gagner cette course qui je le rappelle est basée sur l’innovation et la réactivité ?
Ces enseignes nationales ont à peine finalisé leur dossier en 1 an alors que par exemple nous avons créé l’enseigne, le modèle économique et le portail Osapi en 2 mois.
Le matraquage publicitaire dores et déjà annoncé en vue des prévisions de fortes rentrées d'argent ne fait pas tout. Il devrait participer à une véritable dynamique.
On dirait qu'il va se reproduire la même situation qu'avec l'ouverture du numéro des renseignements à d'autres sociétés.

L'idée était certes très intéressante et bien en rapport avec la volonté de rendre plus accessible les services de proximité, mais elle ressemble plus à un fiasco commercial et marketing. La confiance va être dure à gagner et un éclaicissement de cette situation ne semble pas envisagée pour l'instant.
Déjà 8 mois de perdu sur ce créneau et croyez moi que les Goliaths cités en première partie ont bien l’intention de nous couper l’herbe sous le pied et sont quasiment prêts…

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