Entreprendre en France : Gazelles et levée de fond

Vendredi 28 avril 2006

Le constat est sans appel, la croissance française en terme d’emplois, la création d’entreprises et la force de développement des nouvelles entreprises est très faible, comparée aux autres pays européens ou mondiaux.

Devons nous estimer que nous sommes moins innovants que d’autres pays ?

Nous allons voir, au cours de différents billets qui seront consacrés aux gazelles et à la levée de fond, quelles sont nos faiblesses majeures, quelles sont les pistes pour inverser la tendance et quels sont les moyens pour une entreprises de lever des fonds, élément aujourd’hui indispensable à son développement.

Mais tout d’abord une petite introduction :

Qu’est ce que la gazelle, et pourquoi est-elle si rare en France ?
La gazelle symbolise l'entreprise compétitive.
Elles sont à la fois puissantes, rapides mais aussi et surtout vulnérables.
Ces entreprises à croissance rapide stimulent la compétitivité d'une région et en influencent directement le climat économique.

Le pays idéal pour la gazelle semble être l’Angleterre. Avec pour éleveurs les Business Angels qui prennent soin de leurs protégées en fournissant les éléments indispensable à leur épanouissement : Le conseil et l’argent.

En France, les technocrates continuent de tout miser sur les fonds d’investissement à risques, qui sont bien plus intéressés par les entreprises en fort développement que celles en créations.
Ces dernières investissent donc dans les gazelles uniquement si les perspectives de développement sont énormes et les risques minimes ce qui est relativement rare.

Je consacrerai un article sur les différentes institutions existantes pour lever des fonds (Fonds d’amorçages, incubateurs privés, Fonds de Capital Risques, Fond Commun de Placement dans l’Innovation, Business Angels…), avec pour chacune d’elles leurs spécificités.

Par Patrice
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Vendredi 28 avril 2006

Une grosse partie de mes articles sont extraits des conclusions de l’iFRAP.
Il est donc important que je fasse une note sur cet institut et sur son activité.

L'iFRAP, institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques, est l'un des premiers think tank (laboratoire d'idées) privé français, par son ancienneté (1985) et son rayonnement.
L'Institut publie dans son magazine mensuel, Société Civile, des enquêtes d'investigation sur l'Etat, les administrations et les politiques publiques. Grâce à ses dossiers étayés par des comparaisons internationales, l'iFRAP est en mesure de faire des propositions de réformes concrètes dans des domaines aussi variés que la création d'entreprises et d'emplois, la lutte contre le chômage, le contrôle de la dépense publique, l'avenir du système de santé et l'éducation. Apolitique, il a pour objectif de faire entendre des propositions issues de la société civile auprès des politiques et de participer ainsi à la réforme de l'Etat.

Site web de cet institut :
http://www.ifrap.org/

D’autres analyses seront reprises de Serge Hayat, professeur à l’ESSEC, qui enseigne des cours de finances et de créations d’entreprises.
Au cours de sa carrière, il a créé plusieurs entreprises entre 1999 et 2004, un incubateur privé, et s’implique également avec les fonds d’investissements après avoir appris le "métier" de Business Angel en autodidacte.
Ces conclusions sont donc très pertinentes.

Par Patrice
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Vendredi 28 avril 2006

La population anglaise est sensiblement égale à la notre (59 millions contre 60 millions) mais en terme de personnes employées dans le secteur marchand, l’écart est de 40% (24,201 millions contre 16,810 soit env 7 millions d’emplois en plus pour l’Angleterre).

Selon l’IFRAP, si la France bénéficiait de 7 millions d’emplois marchands privés supplémentaires, nos prélèvements obligatoires pourraient baisser d’un tiers.
Ces prélèvements, qui sont parmi les plus élevés et qui placent la France en tête en terme d’impôts et de charges sociales, se situent entre 45 et 53% du PIB.
Ce taux serait ramené à 35% avec ces emplois privés.

Autres chiffres qui seraient inversés, le taux de fonctionnaires en France.
Ces derniers représentent actuellement 25% de la population active, ce qui nous place cette fois ci n°1 dans occident. 7 millions d’emplois marchands en plus ferait baisser ce taux à 17%. Cette valeur étant dans la moyenne des pays de l’OCDE parmi les plus performants.
On voit donc que la réduction nécessaire des fonctionnaires serait automatiquement diluée grâce à ces emplois privés manquants…

Conséquences de ce retard :
Alors que tous les pays ont créés des emplois plus ou moins massivement, la France en a pour sa part créée aucun.
Les politiques successives ont conduit les gouvernements à éliminer les chômeurs des statistiques par d’habiles  stratagèmes.
Par exemple en les gardant à l’école, en les faisant partir plus tôt à la retraite, en leur proposant des contrats aidés qui ne correspondent pas aux réels besoins économiques et qui les rendent dépendants de ces aides.

En conséquences de ces manipulations de chiffres, la France compte une population active (emploi plus chômeurs) de 63%, par rapport à sa population en âge de travailler (16  à 65 ans).
A comparer à la Grande Bretagne, les USA, les pays nordiques, la Suède, le Danemark, qui ont affichent 73 à 76% de personne actives.
Les chiffres officiels du chômage en France, actuellement autour de 10%, grimperaient ainsi à 15-20% si on comptait réellement une population potentiellement active.
Toujours à comparer au taux de 5% en Grande Bretagne.

Par Patrice
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Lundi 1 mai 2006

Il semble que la classe politique reconnaisse aujourd’hui que sans entreprises, il n’y a pas d’emploi.
Cependant, faute d’avoir dans ses rangs des vrais professionnels de l’entreprise, les avancées en terme de développement stagnent et nos politiciens par manque d’expertise multiplient les dépenses sans améliorations notables de la situation.

La dernière grosse erreur en date est d’avoir cru que plus on augmenterait le nombre de créations d’entreprises, plus le chômage baisserait.

L’idée de départ n ‘était pas complètement absurde mais c’était sans compter sur le fait que toutes les entreprises ne se valent pas en terme de création d’emploi.
Favoriser la création d’une entreprise individuelle ou d’une activité artisanale est en quelque sorte un coup d’épée dans l’eau, puisque ce type de structures ne pourra jamais accueillir un nombre d’employés satisfaisant.
Pire, cette tentative de les multiplier plus que de raison précipite la disparition de celles qui existaient déjà…
Ces entreprises de proximité ne peuvent en effet pas cohabiter à plus de 2-3 dans un même quartier.

Depuis 2002, nous assistons donc à un accroissement des créations d’entreprises (entre 20 à 30 000 par an), mais l’emploi total continue de régresser.

Autre facteur limitant l’effet des nombreuses aides publiques, l’inertie de la machine et les frais de gestions incontrôlables.

Prenons un exemple concret, subventionné par la Caisse des Dépôts et la Commission de Bruxelles, destiné à favoriser l’emploi des chômeurs.
Un organisme s’en est fait son chemin de croix, L’ADIE, que j’ai décrite à plusieurs reprises dans ce blog.
L’analyse de ses comptes montre que pour un en-cours de prêt à des chômeurs de l’ordre de 15 millions d’euros, cette association dépense en frais de gestion 15 autres millions.
Dans une ère ou tout le monde se serre la ceinture et ou un sou est un sou, une telle politique semble bien décalée de la réalité.
Pour reprendre une note sur le microcrédit
, rappelons que la Grameen Bank du Bangladesh réussit cette même fonction sans aucune subvention…
Dès lors que penser des autres programmes étatiques d’aides aux chômeurs (ACCRE, EDEN etc.), qui se multiplient, si ils bénéficient tous d’un rendement aussi médiocre.

Par Patrice
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Lundi 1 mai 2006

La gazelle symbolise l’entreprise très compétitive, à fort potentiel de développement.
En comparant les entreprises créées en Grande Bretagne et celles créées en France après 10 ans d’activité, on remarque, selon une étude du cabinet Bain and Cy, que 2,3% avaient dépassées les 15 millions d’euros de chiffres d’affaire outre-manche contre seulement 0,3% en France. Soit près de 10 fois moins.
La France manque donc d’entreprises à forte croissance, qui pourront devenir incontournables dans leur domaine d’activité.

Selon l’iFRAP, une gazelle doit se doter au minimum d’un capital de 100 000 € pour faire face à la concurrence, et développer efficacement un projet d’envergure.
Il va de soit que ce projet aura besoin d’être portés par des employés et que cette gazelle ne sera donc pas l’occasion de créer un emploi unique pour son fondateur.
On estime que la France créerait moins de 3000 gazelles par an, contre 4500 pour les Anglais.
Plus important encore que le nombre de gazelles créées, le nombre d’emplois qu’elles génèrent :
Les gazelles outre-manche naissent avec le double de salariés, et au bout de quatre ans ces mêmes gazelles ont 4 fois plus de salariés.
Nous obtenons donc  87 000 emplois contre 28 000 la première année, et 160 000 contre 45 000 la septième année. Soit plus de 100 000 "vrais" emplois de différence.

A comparer avec nos 20 000 emplois générés uniquement grâce à la création de 20 000 nouvelles entreprises constituées d’un seul dirigeant et à un taux de survie sur 3 ans critique.

Par Patrice
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Lundi 1 mai 2006

Nous avons constaté dans le billet précédent que les gazelles anglaises naissent avec beaucoup plus de salariés et croissent beaucoup plus vite.

Quelle peut en être la raison ?
Sans argent, une entreprise ne peut embaucher. Si cette dernière veut croître, elle doit se fixer au minimum un horizon national, pour ne pas dire international. La mission étant d’occuper le marché au plus vite sous peine de se faire doubler par des concurrents plus audacieux.

L’idée ne peut suffire, elle devra être appuyée par des essais, des expérimentations à fonds perdus, des achats de matériels lourds, l’achat d’expertise etc.

Plus on veut qu’une entreprise soit capable de se développer et donc d’embaucher, plus elle doit se doter tôt de capitaux très importants.

Très logiquement, nous retrouvons ce même écart entre les entreprises anglo-saxones et les entreprises françaises.
Le graphique ci-dessous (étude réalisée par pH Group) synthétise bien cette différence majeure :


Là ou les gazelles françaises trouvent 1,5 milliards d’euros de financement pour naître, les gazelles anglaises en trouve 10 milliards. Cet écart ne cessant de se creuser au fil des années suivant leur naissance.

Par Patrice
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Mardi 2 mai 2006

Nous l’avons vu précédemment, nos gazelles françaises peinent à se développer parce qu’elles n’arrivent pas à trouver l’argent nécessaire pour financer leur démarrage.
Certes beaucoup d’institutions sont apparues, certaines fortement aidées par l’Etat, pour faire face à ce besoin en financement des gazelles.
Mais force est de constater que la plupart de ces institutions ne se préoccupent guère de la phase de création d’une entreprise plutôt que de sa phase de maturation.

Je vais donc lister ici les principaux moyens pour une gazelle de lever des fonds afin d’assurer son succès et son avenir.

Parmi ces institutions, les Fonds d’Amorçage.
L’amorçage désigne la phase de démarrage d’une entreprise.
Ces fonds d’amorçage se sont créés juste avant la bulle internet, et ont à présent quasiment disparus.
Elles ont investies en majorité dans la phase d’amorçage des entreprises et dès le 2ème ou 3ème tours de financement, ces fonds ne pouvaient plus suivre et se sont fait diluer petit à petit par les nouveaux entrants.
La conjoncture était telle que cette dilution s’est faite dans de très mauvaises conditions, la valorisation de ces entreprises s’étant effondrée en même temps que la bulle.
Les fonds d’amorçage ne font donc plus aujourd’hui parti du paysage des investisseurs potentiels.

Les incubateurs privés.
Un incubateur privé était une petite société qui avait l’intention de lever des fonds pour les investir dans des projets innovants. La rémunération de leurs efforts n’étaient pas effectuée en cash mais en capital dans l’entreprise.
Ces incubateurs ont également disparus.
Ces structures étaient trop petites et trop fragiles pour supporter les financements importants de ces gazelles.
Seules survivent quelques incubateurs publics et privés issus de grandes entreprises, mais qui n’ont pas du tout les mêmes objectifs et contraintes.

Les Fonds de Capital Risque.
Ils sont de plus en plus nombreux, mais, malheureusement, porte bien mal leurs noms.
Leur activité ne consiste en effet pas à soutenir la phase de démarrage d’une entreprise, phase pourtant la plus risquée.
Leurs règles de gestion, extrêmement strictes, imposent de pouvoir quantifier avec précision le risque et de valoriser le potentiel de développement de l’entreprise.
L’entreprise en démarrage n’ayant par définition par constituée complètement son équipe, ses produits et ses clients, elle n’intéresse pas les fonds de capital risque, sauf rare exception de projet à très fort potentiel.
Notons également que ces fonds ne s’impliquent pas dans le conseil. Cette étape est pourtant tout aussi indispensable que la levée de fond pour une entreprise en création.

Les Fonds Communs de Placement pour l’Innovation (FCPI).
Le principe est le suivant, on fait appel aux petits épargnants pour financer ces jeunes entreprises, sous prétexte d’une défiscalisation.
Ceci est paradoxal car on demande à des personnes fragiles financièrement de soutenir le secteur le plus risqué de l’économie française.
Les FCPI sont présentés aux épargnants par les banques, sans pour autant vous informer des risques encourus.
Ces fonds investissement dans des projets mûrs dans leur développement.
Le capital collecté étant constitué de personnes proche du niveau familial ou amical, il se limite en général à environ 50 000 €.
Nous avons vu précédemment qu’un gazelle en devenir doit disposer d’au moins 100 000 €  pour assurer sa survie.
Dès lors entre des fonds de capital risque qui n’interviennent qu’au dessus de 1 million d’euros et ces FCPI qui ne peuvent soulever que 50 000 €, vers qui se tourner ?

Les Business Angel (BA) ou investisseurs providentiels.
Ces derniers détiennent le monopôle du financement de cette tranche comprise entre 50 000 € et 1 million d’euros.
Prenons l’exemple des Etats Unis. Pour 16 milliards investis dans quelques centaines d’entreprises en capital risque en 2003, il y a plus de 100 milliards investis par des Business Angels dans des milliers d’entreprises en phase de démarrage.
Si ces Business Angels n’avaient pas investie dans ces entreprises au départ, combien d’entre elles auraient ensuite bénéficier des Fonds de Capital Risque ?
Mais pourquoi ces investisseurs providentiels ont-ils le monopole sur cette phase de financement ?
Tout d’abord, on constate que ces personnes ont une activité indépendante du métier de BA. Ils prennent cette activité sur leurs temps de loisirs. Ils n’ont donc pas de frais généraux et donc pas de rentabilisation de frais de structure.
Ces personnes très aisées n’ont de comtes à rendre qu’à eux même et sont par conséquent libre de prendre des risques.
Ils se servent de leurs compétences et de leurs expériences pour investir dans des domaines qui les intéresse. La validation du business plan en sera donc simplifiée puisqu’il connaîtront déjà en profondeur le domaine d’activité de la nouvelle entreprise.
Enfin, une de leurs qualité et non des moindres, est qu’ils apportent une expérience solide et des réseaux de contacts. Autant de conseils et d’expertises indispensables pour une gazelle.

Par Patrice
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Mardi 2 mai 2006

Le problème majeur pour les gazelles, c’est que nous avons très peu d’investisseurs providentiels en France.
Aux Etats-Unis ils sont 500 000, en Angleterre 50 000, en France entre 3000 et 4000.

L’Etat français s’évertue à créer des Fonds d’investissement à risque ou des Fonds Communs de Placement pour l’Innovation, à grands renforts d’avantages fiscaux, alors que nous avons vu que ces derniers étaient soit trop fragiles, soit qu’ils ne s’intéressaient pas aux projets de création d’entreprises.

Ainsi 500 millions d’euros ont été attribués au FCPI et 5 milliards d’euros ont été investis par les Fonds de Capital Risque, alors que ces derniers ne bénéficient pas des incitations fiscales.
Ces montants sont équivalents aux fonds collectés par les Fonds de Capital Risque anglais et sont nettement supérieurs à ceux des américains.
Ces institutions n’ont donc nul besoin de soutien financier pour porter des projets.

Rappelons que pendant la phase initiale de création d’entreprise, seuls les BA peuvent fournir les 50 000 à 1 million d’euros nécessaires.
Ces derniers, qui n’ont pas besoin d’obtenir l’approbation d’un conseil d’administration ni de faire appel à des procédures complexes et longues en terme de calcul du risque, ont permis par exemple de lancer des entreprises telles que Ford, Edison, Citroën en leur temps…
Deux trois ans après ce premier coup de pouce, ces entreprises ont ensuite pu faire appel aux Fonds de Capital Risque et ont prises une ampleur nationale.

Aujourd’hui, les quelques 4000 BA français investissent environ 280 millions d’euros par an pour les jeunes sociétés françaises, alors que les 50 000 BA anglais investissent pour leur part 7 milliards d’euros.

On estime que sur 270 000 personnes assujetties à l’ISF en France, environ 120 000 ont un patrimoine suffisant pour devenir Business Angel.
Le potentiel de BA français existe donc, mais nous ne les encourageons pas, bien au contraire.
Pour investir son patrimoine dans une entreprise en démarrage, il faut soit s’appeler Richard Branson, patron de Virgin, et donc être fou du risque, soit y être fortement incité.
Les Etats Unis ont par exemple développés des méthodes très agressives pour pousser les BA à investir, en proposant des entreprises très souples fiscalement (les Sub S).

En conclusion, si vous avez un potentiel de développement d’entreprises au Etats-Unis, vous bénéficiez d’un statut privilégié d’investisseur providentiel.
En France vous êtes taxés sur l’ISF…

L’analyse de la relation ISF et Business Angels sera la prochaine étude.

Par Patrice
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